Portrait : Julie Ferrier

Univers smart

Un drôle de caméléon.

Julie Ferrier appartient à cette nouvelle génération d’artistes pluridisciplinaires. Aussi à l’aise à l’écran qu’au théâtre, cette quadra rayonnante, qui chante et qui danse, déborde d’énergie. Le temps d’une pause, notre ambassadrice de charme de smart se confie. 

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« Je trouve effroyable de s’attaquer à la liberté d’expression et aux gens qui ont fait de l’humour leur raison d’être »

Vendredi 13 novembre. La date était inscrite depuis plusieurs jours sur nos agendas. Notre rencontre devait être une parenthèse enchantée. Elle le fut. Julie Ferrier dégage une énergie incroyable. Elle hypnotise une pièce par son charisme et sa prestance. Sa posture élégante. Ses yeux crèvent l’objectif du photographe, magnétisent. Ils percent votre regard. A tel point que l’on peut avoir l’impression que Julie Ferrier s’infiltre dans les profondeurs de votre âme. A quelques heures des attentats qui ont ensanglantés Paris, notre rencontre a forcément pris un relief particulier. Ce drame, on le sait, l’a touché de plein fouet. « C’est gravé en moi », répétait-elle lors de l’entretien à propos des événements de Charlie. Après le drame de janvier dernier qui l’avait meurtri, cette quadra, qui a grandi dans une cité de Seine-Saint-Denis, avouait avoir modifié quelques sketchs de son spectacle pour ne pas heurter la sensibilité de certains spectateurs. « Je trouve effroyable de s’attaquer à la liberté d’expression et aux gens qui ont fait de l’humour leur raison d’être », ajoute-t-elle. En matière d’humour, Julie Ferrier en connaît un rayon. C’est presque devenu sa marque de fabrique de ne jamais se prendre au sérieux. Adolescente puis jeune femme, Julie amuse la galerie en cultivant son côté pince sans rire. « Quand j’étais jeune, j’avais du mal à être sérieuse et à chaque fois que je parlais tout le monde pensait que je racontais des craques », raconte-t-elle hilare. Et de poursuivre sans que vous sachiez si elle n’est pas en train de vous faire tourner en bourrique. « A six ans, je jouais au docteur. A quatorze ans, j’y jouais encore. Et j’y joue toujours. » 20 ans, ce n’est pas encore l’âge de raison mais c’est le bel âge pour s’assagir. Une façon de gagner en crédibilité au moment où  son entourage la convainc de mettre sa facilité à blaguer et à déclencher l’hilarité au service d’un spectacle « seule en scène ». Un one-woman show n’est pas pour faire peur à cette femme au caractère bien trempé et descendant d’une grande lignée d’artistes. Son arrière-grand-mère jouait dans la troupe de Louis Jouvet. Ainsi naît «Aujourd’hui c’est Ferrier », mis en scène par Isabelle Nanty.

« Je n’ai pas eu le temps d’avoir ma crise d’adolescence. Je me suis entraînée cinq heures par jour pendant quinze ans »

Cinq heures de danse par jour pendant quinze ans

Les planches, Julie Ferrier les foulent depuis belle lurette. A l’âge où les filles vivent leurs premiers émois, son cœur ne bat que pour la danse. « La danse, c’était une évidence. J’avais ça en moi. Je n’ai pas eu le temps d’avoir ma crise d’adolescence. Je me suis entraînée cinq heures par jour pendant quinze ans », dit-elle. Un sport qui la conduit sur les routes de France et d’Europe. « En même temps, je n’ai aucun mérite. Ma famille représente mes premiers supporters. J’avais même plutôt intérêt à réussir. L’attente était énorme. » 

La danseuse a du talent. A 17 ans, elle devient professionnelle. Son talent irradie. Etoile montante de la danse française, Julie participe à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques d’Albertville en 1992. Elle travaille notamment avec le chorégraphe de renommée mondiale Rhéda Benteifour. « La danse nécessite la rigueur d’une sportive de haut de niveau. C’est une discipline parmi les plus difficiles. Mais la danse est un métier qui ne se raconte pas, où l’énergie est constamment renouvelée. Tu as la pèche tout le temps ! »

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« Même si nous ne sommes pas précurseurs, nous avons une longue tradition en matière de théâtre dansant. Nous avons développé la comédie musicale »

De la danse à la danse-théâtre, un genre qui a le vent en poupe en France, il n’y a qu’un pas qu’elle se décide à franchir en suivant des cours à l’Ecole du cirque Fratellini puis en intégrant les cours de l’Ecole internationale de théâtre Jacques-Lecoq. Aussi lorsqu’elle met le logiciel danse en mode pause, Julie a de l’énergie à dépenser. « Même si nous ne sommes pas précurseurs, nous avons une longue tradition en matière de théâtre dansant. Nous avons développé la comédie musicale », affirme Julie. En 2004, elle se retrouve seule sur scène pendant deux heures après avoir joué dans des cabarets avec les artistes burlesques de la compagnie des Chiche Capon. Le public découvre les multiples facettes de cette artiste tout-terrain et douée. Elle entre dans la peau d’une multitude de personnages comme une virtuose. Elle campe tour à tour une prof de danse maso, une jeune « décervelée » ou une conseillère d’éducation aigrie. Où puise-t-elle son inspiration ? Dans l’observation des scènes de la vie courante, dans son imagination fertile, son inconscient et ses fantasmes. La fille a du génie. Le courant passe avec le public. Son grain de folie fait un tabac. Son premier spectacle reste trois ans à l’affiche, dont un an à Paris. « Je suis partie en tournée en province pendant deux ans », ajoute-t-elle. Sa prestation sur les planches lui ouvre les portes du cinéma : Paris, Agathe Cléry, Micmacs à tire-larigot… jusqu’à l’Arnacœur où elle apparaît aux côtés de Vanessa Paradis, Romain Duris et François Damiens. Ce long-métrage lui vaut d’être nominée au César du meilleur second rôle féminin. Insatiable, Julie enchaine les tournages.

« J’ai une vraie passion pour les voitures. J’adore conduire. »

Dix films en deux ans ! « Je suis une machine qu'il faut calmer mais je suis parfois incapable de refuser. C’est un honneur d’être sollicitée. » Elle compte sur ses doigts. « J’ai tourné quarante films en neuf ans en intégrant les téléfilms », avoue-t-elle. Julie Ferrier est partout. Elle fait désormais partie du quotidien des français. Elle reçoit en moyenne un scénario par semaine et consulte souvent sa famille avant de prendre une décision. Elle tourne désormais en moyenne quatre films par an. En 2014, on la retrouve à l’affiche de grosses productions : « La liste de mes envies » et « Sous les jupes des filles ». Cette année, on la retrouve dans « Jamais de la vie » et « Jamais le premier soir ». L’an prochain, Julie Ferrier sera à l’affiche du long-métrage « Les naufragés » en compagnie de Daniel Auteuil et de Laurent Socker puis de « Père, fils, thérapie » d’Emile Gaudreault avec Richard Berry et Jacques Gamblin. Lorsque certains de ses pairs seraient déjà à bout de souffle, Julie trouve encore l’énergie pour tourner en compagnie d’André Dussollier un court-métrage pour la télévision baptisé « Le flan » sur le thème de la politique. Quand cette quadra épanouie ne joue pas, elle voyage et s’occupe de sa chienne qui la suit partout. Même jusque sur scène. Sa roissarde des Alpes joue dans l’un de ses derniers spectacles. Cette expérience conjuguée à son amour des animaux lui a donné une idée. « Dans mon prochain spectacle, j’ai l’intention d’intégrer des sketchs sur le dressage en revisitant cet exercice de manière humoristique. C’est pourquoi, je me suis rapproché de cet univers depuis quelques temps. » Mais chut ! Julie Ferrier n’en dira pas plus. Elle va aussi prêter sa voix pour un documentaire sur les félins destiné à la chaîne National Geographic. Une autre façon de s’évader pour cette passionnée de voyages. « J’ai effectué le tour de monde mais la France conserve ma préférence pour sa diversité. J’ai été émerveillée par les Gorges du Verdon où j’ai tourné récemment », dit-elle. Ce n’est pas un hasard si la France lui ressemble. Julie Ferrier est l’une des rares artistes à posséder un répertoire aussi diversifié et éclectique. Et comme la demoiselle ne tient pas en place, vous pourrez peut être la croiser sur l’une des routes de l’hexagone au volant de sa smart fortwo de 90 chevaux. « J’ai une vraie passion pour les voitures. J’adore conduire. »

 

Propos recueillis par Sylvain Reisser – Photos : Dominique Fontenat

Remerciement à l’hôtel Shangri-la et toute l’équipe pour son accueil 

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