Portrait : Pascal Elbé

Univers smart

Un artiste au répertoire multiforme.

Difficile d’échapper à Pascal Elbé depuis quelques temps. Aussi à l’aise des deux côtés de la caméra que sur les planches, cet artiste boulimique fourmille de projets. Entre deux obligations d’un agenda surchargé, notre ambassadeur smart se dévoile.

Paris, quartier de l’avenue Montaigne. Milieu de matinée. On pousse la porte d’une maison particulière transformée en hôtel. La quiétude des lieux tranche avec l’effervescence de la rue. Dans un petit salon se prélasse Pascal Elbé. Une parenthèse ensoleillée dans une fin de semaine triste et pluvieuse. Barbe de quelques jours, col-roulé foncé, jean et boots : l’homme est fidèle à l’image qu’il renvoie. Cool. Zen. Charmeur. Au poignet, son inséparable Breitling offerte pour ses trente ans. Voilà pour le côté pile. Côté face, il peut démarrer au quart de tour. Sortir de ses gonds. Un jeu à éviter. Carrure de sportif, regard perçant, visage émacié : pas le genre de type à qui on cherche des noises. Aux portes de la cinquantaine, l’homme a roulé sa bosse, vu du pays. Inutile de vouloir lui raconter la messe. Son parcours chaotique explique sans doute son regard aiguisé sur les événements et sur les gens et sa soif de créativité. Pascal ne tient pas en place ; gère plusieurs projets en même temps. Quitte à être entraîné dans un tourbillon. 

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« Mon professeur m’a dit : n’attendez- pas que le téléphone sonne. Si vous aimez écrire, foncez. »

Qui se cache derrière ce grand gaillard que l’on rêve d’avoir comme grand frère et qui est partout en même temps ? A la télévision, au cinéma, au théâtre. Pour lui, tout commence à 18 ans. « Le bac B en poche, j’ai pris le premier train pour Paris », avoue-t-il, un brin amusé. En même temps qu’il découvre la capitale et son univers impitoyable, l’Alsacien suit des cours de théâtre ; forme une petite troupe avec laquelle il joue les pièces qu’elle a écrites.

L’une d’elle, Tout baigne, connaît un succès tellement foudroyant qu’elle reste trois ans à l’affiche. « Elle finit par devenir un film au cinéma. » Encouragé par son professeur de théâtre, Pascal Elbé reprend son stylo. « Déjà à l’âge de 12 ans, j’écrivais des histoires pour m’évader. Mon professeur m’a dit : n’attendez- pas que le téléphone sonne. Si vous aimez écrire, foncez. » C’est ainsi que de belles rencontres illuminent un quotidien morose marqué par la solitude du provincial égaré à Paris, la galère des fins de mois et l’épreuve des chambres d’hôtels miteuses. « Après trois années d’errance, par un copain, j’ai commencé à proposer des textes pour le petit théâtre de Bouvard. »

Sa carrière se lance vraiment lorsque Michel Boujenah vient le saluer dans la loge du théâtre où il se produit. « Il est tombé sur ma queue de billard rangée dans un coin. Le lendemain, il m’a harcelé au téléphone pour que l’on aille jouer au billard », raconte-t-il. Entre les deux artistes se noue une amitié. « On se découvre d’autres passions, notamment le tennis. Je le répète à mes trois garçons : le sport est un ascenseur social. »

Et le voilà qui nous entraîne dans une digression. « J’aimerais bien réaliser un film sur le sport mais je filmerais les perdants. A mon sens, le long-métrage le plus réussi sur le sport reste Coup de tête de Jean-Jacques Annaud avec Patrick Dewaere. Un chef-d’œuvre. » Et de nous narrer le récit de cette fiction qu’il connaît sur le bout des doigts. Comme une partition. 

« Nous sommes des enfants gâtés. Nous n’avons pas le droit de nous plaindre. »

Sa passion de l’écriture chevillée au corps l’amène à participer au scénario de Père et fils« Michel Boujenah m’a accueilli dans sa maison de Saint-Paul de Vence. On était tellement bien que l’on a mis sept ans à écrire l’histoire avec Edmond Bensimon. A l’époque, on se croyait éternel ! » La lente maturation est récompensée. Au sein d’une distribution de qualité où apparaissent Philippe Noiret et Charles Berling, Pascal Elbé remporte le César du meilleur espoir masculin en 2004. Un tremplin. Durant le tournage, il a développé un sentiment filial très fort avec Noiret. « Je l’ai accompagné jusqu’à son dernier souffle. » Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si sa femme, Monique Chaumette, joue sa mère dans son premier film.

L’artiste poursuit son cheminement. En 2010, il passe dans la catégorie supérieure. Après avoir fait ses preuves en tant que comédien puis acteur et enfin scénariste, Pascal Elbé s’attaque à la mise en scène. Devenir réalisateur coule presque de source pour ce boulimique de travail, touche-à-tout. Il ne choisit pas la facilité. Tête de Turc plonge le public dans la violence d’une cité à travers un acte perpétré par des adolescents inconscients. La critique est unanime. Elbé a relevé le défi haut la main. Il convainc des deux côtés de la caméra. Ce film embrasse les thèmes de la transmission, de l’amour, de la vengeance et de la loi du silence.

Par souci d’authenticité, l’acteur-réalisateur n’a pas hésité à se frotter au quotidien des flics et des voyous pendant plusieurs mois. « J’ai rencontré les élus locaux, les grands frères, les policiers, les délinquants qui ont effectué des séjours dans un univers carcéral. » Il le dit sans ambages : cette aventure humaine a bouleversé sa vie. Elle lui a permis de relativiser certains tracas de la vie quotidienne et ouvert les yeux sur sa vie et son métier. « J’exerce une profession que j’ai choisie. Nous sommes des enfants gâtés. Nous n’avons pas le droit de nous plaindre. »

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« Il faut que l’on arrive à éduquer les gens pour qu’ils se créent leur jugement. »

Le cinéma, un métier qui peut être violent

Ses multiples casquettes lui permettent de garder les pieds sur terre et d’éviter de gamberger. « Le plus difficile dans notre métier d’acteur et de comédien est de savoir gérer l’alternance des phases d’ombre et de lumière. Ne pas être sollicité pendant plusieurs mois incite à l’humilité. Il faut aussi être blindé dans sa tête sinon on perd pied. Le métier peut être violent. En ce sens, il est primordial de multiplier les centres d’intérêts », avoue-t-il.

De ce côté-là, Pascal Elbé n’a pas le temps de s’ennuyer. Avoir des enfants dont un fils adolescent aide à rester dans la vraie vie. Et son métier le pousse à conforter sa curiosité naturelle. « Depuis toujours, je m’intéresse aux gens et aux choses. Je lis beaucoup et pas que des romans. La lecture nourrit mon imaginaire. Je dévore la presse, notamment les sujets de politique internationale. » Ne comptez pas sur lui pour faire l’apologie de l’info en continu. « La télévision n’est pas beaucoup allumée chez moi. Je suis contre la dictature de l’immédiateté. Ce spectacle en continu est un fléau pour notre société. Il faut que l’on arrive à éduquer les gens pour qu’ils se créent leur jugement. » Rien ne passionne plus Pascal Elbé que le décryptage, les analyses et les débats d’idées et d’opinions.

« Cette voiture est une vraie invention. C'est la reine des villes. »

Insatiable, Pascal Elbé est en train de terminer son second long-métrage, Je compte sur vous, en salles le 30 décembre. Issu d’une histoire vraie, ce film a été tourné en grande partie à Tel-Aviv. Il a réuni un casting de premier plan composé de Julie Gayet, Zabou Breitman et Vincent Elbaz. Comme pour Tête de Turc, le film a dicté sa loi. « Vous fantasmez une histoire et en fin de compte, en cours de tournage, l’histoire subit des changements. Le film s’impose à vous. » 

A l’occasion de cette nouvelle production, il s’est frotté à la dure réalité du milieu du cinéma. La mainmise de la finance. « Le cinéma est devenu une énorme industrie où l’on ne parle plus que chiffres, box-office, stars. Il faudrait revenir de temps en temps à la création », dit-il. Depuis quelques semaines, il est aussi dans le polar Une chance de trop, la série signée Harlan Coben diffusée sur TF1. Il donne la réplique à Alexandra Lamy, dont sa sœur est aussi ambassadrice de la marque smart. Et comme il redoute de s’ennuyer, il a trois manuscrits de films à lire, a aussi débuté l’écriture d’une comédie et commence à apprendre les textes d’une pièce de théâtre qu’il jouera l’an prochain.

C’est promis, il ne manquera pas de s’octroyer quelques plages de respiration pour emmener son fils de 14 ans en voyage et pour aller au restaurant. Véritable épicurien, il adore manger. Sa prédilection : la cuisine italienne qu'il veut simple et populaire. Son plat préféré : des pâtes aux flageolets. Le tout arrosé d’un bordeaux rouge ou d’un vin d’Alsace, sa région natale. « Quelques copains m’initient à l’art culinaire et à la gastronomie. Ils m’envoient des photos des plats qu’ils mangent au restaurant. » S’il ne s’est pas encore mis aux fourneaux, Pascal Elbé fait le plus souvent possible son marché. Adepte d’une nourriture saine et de saison, il vient d’investir dans un extracteur de jus.

Dans cet agenda surchargé, la smart fortwo ne sort pas beaucoup du garage. « L’un de mes fils s’en sert plus souvent mais cette voiture est une vraie invention. C’est la reine des villes. »

 

Propos recueillis par Sylvain Reisser – Photos : Dominique Fontenat

Remerciement à La Maison des Centraliens

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